Abstract:
Ce mémoire porte sur l’étude de la valeur nutritive de trois cultures fourragères principales
dans la steppe algérienne : la luzerne (Medicago sativa), l’orge (Hordeum vulgare) et l’avoine (Avena
sativa).
L’analyse de leur composition chimique (matière sèche, matière organique, matière minérale,
protéines brutes, cellulose brute) a pour objectif d’évaluer leur potentiel à satisfaire les besoins
alimentaires des ruminants dans un contexte de déficit fourrager.
Les résultats obtenus à partir d’analyses de laboratoire (méthode de Kjeldahl pour les protéines,
méthodes gravimétriques pour la matière sèche et les cendres) mettent en évidence des
différences significatives entre les espèces étudiées. La luzerne s’est distinguée par sa richesse
en protéines, l’orge par sa teneur énergétique élevée, tandis que l’avoine a montré un équilibre
intéressant lorsqu’elle est cultivée en association.
Cette étude conclut que la combinaison de ces cultures fourragères peut contribuer à améliorer
la sécurité alimentaire du cheptel dans les zones steppiques, tout en réduisant la dépendance
vis-à-vis des concentrés importés. Elle recommande leur intégration dans les systèmes agro-
pastoraux locaux comme solution durable
Description:
Cette étude a permis de mettre en évidence les caractéristiques nutritionnelles distinctes des
trois principales cultures fourragères de la région steppique de Djelfa. Les résultats obtenus,
avec des teneurs en protéines allant jusqu’à 27% pour l’orge, 24% pour la luzerne et des valeurs
énergétiques variant entre 0.7 et 1.1 UFL/kg MS, confirment que chaque culture présente des
atouts nutritionnels spécifiques. La luzerne, avec sa richesse en protéines (15-20% de MAT) et
minéraux (13% de MM), l’orge avec sa robustesse climatique et son rendement stable (1.2-1.5
tonne/ha), et l’avoine avec son équilibre énergétique-protéique (10-14% de MAT), constituent
des ressources complémentaires indispensables.
L’analyse approfondie révèle que ces cultures, bien que présentant des valeurs nutritionnelles
parfois supérieures aux espèces spontanées (comme en témoignent les teneurs en MAT de 27%
contre 5-8% pour les parcours naturels), ne peuvent se substituer totalement aux parcours
naturels. Elles représentent plutôt un complément stratégique pour pallier le déficit fourrager
saisonnier, particulièrement durant les périodes de sécheresse où la productivité des steppes
chute à moins de 0.5 tonne de MS/ha.
Leur utilisation combinée, adaptée aux spécificités locales et aux systèmes d’élevage (pastoral,
mixte ou intensif), permettrait d’améliorer significativement la sécurité alimentaire des
troupeaux, leur adoption à grande échelle se heurte à plusieurs contraintes majeures une
variabilité climatique accrue (précipitations inférieures à 250 mm/an), la dégradation
progressive des sols (perte de 40% de biomasse depuis les années 1970), le manque
d’infrastructures d’irrigation (seulement 3% des surfaces en luzerne irriguées) et la concurrence
avec les cultures céréalières plus rémunératrices.
Face à ces défis, les recherches doivent impérativement se poursuivre, surtout dans le contexte
actuel de changements climatiques qui accentuent la fréquence des sécheresses et
l’imprévisibilité des précipitations. Les pistes identifiées notamment sur l’adaptation aux
nouvelles conditions climatiques (tests de variétés résistantes), l’optimisation des associations
culturales (luzerne-orge) et l’analyse économique des systèmes fourragers méritent d’être
approfondies de manière urgente.
Cette recherche souligne plus que jamais l’importance d’une approche systémique et
dynamique, nécessitant des études continues pour suivre l’évolution des paramètres climatiques. Une telle approche, intégrant à la fois les potentialités des cultures fourragères la
préservation des écosystèmes steppiques et les réalités socio-économiques locales, serait la
seule capable de renforcer durablement la résilience des systèmes d’élevage face aux défis
climatiques et démographiques croissants dans les zones arides et semi-arides de l’Algérie. La
création d’un observatoire permanent des cultures fourragères adaptées aux zones steppiques
apparaît comme une nécessité scientifique et pratique urgente.