Abstract:
La leishmaniose canine est une maladie vectorielle négligée, représente un majeur
problème de santé publique et animale dans le Bassin Méditerranéen y compris l’Algérie.
Nous avons réalisé une étude épidémiologique exhaustive sur la LCan dans la région de
Guelma. Toute d’abord, un inventaire faunistique des phlébotomes a été mené entre le mois
de Juillet et Septembre 2022, suivi d'une enquête transversale prospective de la LCan de
Septembre 2023 à Février 2024, et une étude rétrospective des cas de de leishmaniose
humaine signalés dans la région entre 2012 et 2024. Enfin, une revue systématique et méta-
analyse a été effectuée sur la prévalence et les facteurs de risque de la LCan dans le Bassin
Méditerranéen (2000-2024).
L’enquête entomologique a permis de capturer et d’identifier 1478 phlébotomes (n= 318
femelles, n= 1160 mâles), ces spécimens appartenaient à sept espèces (Phlebotomus
perniciosus, Ph. papatasi, Ph. perfiliewi, Ph. sergenti, Ph. longicuspis et Ph. ariasi, et
Sergentomyia minuta) dont Ph. perniciosus était l’espèce la plus abondante, cinq espèces
sont connues d’être responsables de transmission de la leishmaniose. Leishmania spp. a été
détecté chez Ph. perniciosus, Ph. papatasi, Ph. perfiliewi, Ph. sergenti (n=10 ; 3,7%).
L’étude prospective de la LCan à Guelma a révélée une séroprévalence globale de 58,2% et
une prévalence moléculaire de 1,6%, les facteurs de risque associés à la LCan dans la
région d’étude étaient l'âge du chien (> 1an) (OR = 8,35, IC à 95 % : 3,43-23,93), à la
saison d'automne (OR = 2,95; IC à 95 % : 1,33-8,62), et l’absence d’utilisation des
insecticides (OR = 6,69; IC à 95 % : 2,61-22,02). Concernant la leishmaniose humaine,
l’étude rétrospective de la dernière décennie a rapportée 78 cas autochtones entre la
leishmaniose cutanée et viscérale, à signaler que la quasi-totalité des cas de la leishmaniose
viscérale sont infantile. Enfin, la revue systématique et méta-analyse de la LCan dans le
Bassin Méditerranéen a révélé les résultats suivant à savoir une séroprévalence groupée de
16,12% (95% IC: 13,27-19,18), le continent africain était le plus affecté 21,73% (95% IC:
15,49-28,69, 1847/8421); les facteurs de risque déterminées étaient l’âge (chiens >1an :
18,72%, IC à 95% : 12,73-25,54%), la taille d’échantillon dans les enquêtes (Taille <100 :
26,82 %, IC à 95%: 16,56-37,11), état clinique (chiens symptomatique : 30,39%, IC à 95%
: 18,53-43,65%), et l’activité des chiens (Les chiens de ferme : 23,89%, 95% lC: 12,50-
37,36%). La présente étude a mis en évidence que la situation de la LCan est alarmante
dans la région de Guelma, et demeure très grave même à l’échelle international. Un
programme de surveillance national, et une coordination entre les pays du Bassin Méditerranéen face à ce défi seront utile pour éradiquer la maladie et minimiser le risque
de transmission à l’homme.
Description:
La LCan est une maladie parasitaire très sévère et souvent fatale. Elle est transmise par
la piqûre des phlébotomes d’un chien à un autre ou à l’homme, en causant la leishmaniose
humaine qui se manifeste sous forme viscérale ou cutanée. Cette zoonose est endémique
dans plusieurs pays dans le monde y compris l’Algérie où elle représente un majeur
problème de santé publique et vétérinaire.
Dans ce présent travail, les données entomologiques et épidémiologiques obtenues ont
mis en évidence la présence des principaux vecteurs de la leishmaniose, leur infection par
Leishmania spp. ainsi que l’apparition de la LCan causée par L. infantum dans la région de
Guelma dont le taux de la séroprévalence des chiens infectés constaté a été très élevé.
En plus, l’âge, la saison et l’absence d’application des insecticides ont été identifiés
comme facteurs de risque potentiels associés à la maladie. Par ailleurs, des cas sporadiques
de LC et LV ont été signalés chez l’homme dans la région au cours de ces dernières années.
Bien que ces cas soient sporadiques, la majorité sont des cas autochtones de la région.
Cette situation silencieuse mais insidieuse méritait plus d’intérêt.
En outre, ces résultats fournissent des données intéressantes sur le statut
épidémiologique actuel de la LCan en Algérie et plus précisement dans la région de
Guelma où il n’était pas connu préalablement. Par conséquent, la situation est changée et la
circulation de la maladie a été confirmée, répercutant négativement sur la santé humaine.
Nos résultats ont contribué significativement à mettre en lumière la situation
épidémiologique alarmante de la LCan dans la Wilaya de Guelma.
A cet égard, des stratégies One-Health de prévention efficace doivent mise en place
par les autorités sanitaires pour contrôler la maladie. En impliquant un programme de lutte
anti-vectorielle efficace et d’une manière régulière durant la période d’activité des
phlébotomes. Nous recommandons ainsi d’organiser des formations médicales aux
vétérinaires locaux pour bien reconnaître le profile clinique de la maladie afin d’établir un
diagnostic précis des chiens en tenant compte la possibilité d’une infection
asymptomatique. En outre, des compagnes de sensibilisation seront essentielles pour les
propriétaires de chiens sur la nécessité de protéger soigneusement leurs chiens en utilisant
des colliers contre la piqûre des phlébotomes pour réduire le risque de transmission. Il est
important d’établir un système de surveillance épidémiologique au niveau national qui
nécessite une coordination intersectorielle entre plusieurs ministères (santé, agriculture).