Abstract:
La Wilaya de Djelfa, première région agropastorale d’Algérie, occupe une position
charnière entre le Tell agricole et le Sahara, où l’élevage ovin extensif constitue le pilier
socio-économique dominant tout en exerçant une pression croissante sur les écosystèmes
steppiques. Ce mémoire quantifie les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur
AFOLU (Agriculture, Foresterie et Autres Affectations des Terres) de la wilaya sur 26
campagnes agricoles (1999/20002024/2025), en appliquant les Lignes directrices du GIEC
(Tier 1 et Tier 2) aux catégories sources de l’élevage (fermentation entérique, gestion du
fumier, pâturages), et les complète par une analyse spatio-temporelle de la dégradation
des terres (LULUCF, 2005–2020) et du couvert végétal steppique (NDVI diachronique,
2005–2025) par télédétection satellitaire (Landsat, MODIS, Sentinel-5P, Google Earth
Engine).
Trois approches de modélisation sont comparées pour expliquer la dynamique des
émissions : la régression linéaire multiple (OLS) couplée à un modèle ARIMA, un modèle
Random Forest (RF) de base, et un modèle RF enrichi de variables environnementales
(NDVI, précipitations, température de surface). Les résultats montrent que les émissions
de l’élevage, dominées à plus de 92 % par la fermentation entérique ovine, ont culminé à
937 786 tCO2e en 2020/2021 avant de chuter de 51,2 % lors de la sécheresse de 2021/2022.
Le modèle OLS reproduit la méthodologie GIEC de façon quasi parfaite (Rš = 1,000),
tandis que le Random Forest révèle que les effectifs ovins et caprins expliquent à eux seuls
53,8 % de la variance des émissions, les variables climatiques agissant de manière indirecte
par leur effet sur la dynamique du cheptel. Le bilan LULUCF révèle une dégradation nette
des parcours steppiques au profit du sol nu (129 378 ha convertis entre 2005 et 2020),
partiellement compensée par un reverdissement localisé. Ces résultats fournissent une
base quantitative inédite pour orienter les politiques d’atténuation et de gestion durable
des parcours dans les zones agropastorales semi-arides algériennes.
Description:
Ce mémoire avait pour objectif de quantifier l’ampleur et la dynamique des émissions
de gaz à effet de serre du secteur AFOLU de la Wilaya de Djelfa, et d’évaluer dans quelle
mesure les facteurs climatiques et la dynamique du couvert végétal permettent d’expliquer
cette trajectoire – la problématique formulée au Chapitre 1.
Sur le plan quantitatif, l’inventaire GES réalisé selon les Lignes directrices du GIEC
Tier 1 et Tier 2 constitue la première base de données longitudinale couvrant 26 cam-
pagnes agricoles (1999/2000–2024/2025) pour cette wilaya, bien que les deux dernières
campagnes restent incomplètes faute de données d’effectifs ruminants. Les émissions issues
de la fermentation entérique ovine dominent structurellement les bilans, le troupeau ovin
représentant à lui seul plus de 50 % du total des émissions en tCO2e. La rupture struc-
turelle de 2021/22, liée à l’effondrement des effectifs ovins lors d’une sécheresse sévère,
illustre la sensibilité du secteur aux aléas climatiques.
Sur le plan méthodologique, la comparaison des trois approches de modélisation dé-
montre la robustesse de l’approche linéaire pour reproduire les émissions calculées par la
méthodologie GIEC, et la valeur diagnostique du Random Forest pour identifier les déter-
minants structurels et révéler le mécanisme de médiation climat → effectifs → émissions.
Sur le plan spatial, l’analyse NDVI diachronique, la cartographie de l’occupation du
sol, des concentrations atmosphériques de CH4 par Sentinel-5P et le bilan LULUCF four-
nissent des données de référence indépendantes qui corroborent et enrichissent les résul-
tats de l’inventaire bottom-up, en révélant notamment une dégradation nette des parcours
steppiques au profit du sol nu sur la période 2005–2020.
Au regard des engagements climatiques de l’Algérie dans le cadre de l’Accord de Paris,
ces résultats ouvrent des perspectives concrètes pour la définition de procédures d’atté-
nuation ciblées : gestion durable des parcours steppiques, amélioration de la qualité four-
ragère, régulation des effectifs en période de sécheresse, et renforcement des capacités de
monitoring territorial par télédétection. La poursuite de ces travaux devra s’orienter vers
le développement de l’architecture de modélisation en deux étapes proposée, l’intégration
complète du volet ń Terres ż sur l’ensemble de la période d’étude, et la collecte de données
zootechniques locales pour un passage effectif à un Tier 2 généralisé, conformément aux
ambitions de l’inventaire national algérien des GES.